Vous vivez une situation de harcèlement moral ou psychologique au travail et envisagez de démissionner ? Une lettre mal formulée peut fragiliser vos droits, tandis qu’un courrier clair et structuré peut servir de pièce importante en cas de recours. Voici comment rédiger une lettre de démission pour harcèlement, protéger vos intérêts et éviter les principaux pièges juridiques.
Comprendre vos droits avant d’envoyer une lettre de démission
Avant de rédiger votre lettre, il est essentiel de distinguer la simple démission d’une démission forcée liée à un harcèlement. Cette nuance change totalement vos droits, notamment pour le chômage, les indemnités et une éventuelle action prud’homale. Vous verrez aussi pourquoi il est souvent recommandé de se faire accompagner avant de remettre votre courrier.
Harcèlement moral et psychologique au travail : comment le droit le caractérise-t-il ?
Le harcèlement moral se définit par des agissements répétés qui dégradent vos conditions de travail et portent atteinte à votre dignité ou votre santé. Selon le Code du travail, ces comportements peuvent émaner d’un supérieur hiérarchique, d’un collègue ou même d’un subordonné.
Le harcèlement psychologique recouvre cette même réalité, en insistant sur l’impact mental et émotionnel. Concrètement, vous pourriez subir un isolement volontaire, des propos humiliants répétés, des menaces voilées ou des objectifs irréalistes imposés de manière insistante. Une surcharge de travail excessive ou à l’inverse, un placard avec retrait de vos missions, peuvent également constituer du harcèlement.
La jurisprudence de la Cour de cassation reconnaît qu’un seul acte isolé ne suffit généralement pas. C’est la répétition et la dégradation progressive de votre situation qui caractérisent légalement le harcèlement moral.
Démission simple, résiliation judiciaire, prise d’acte : quelles options envisager ?
Une démission classique suppose un départ volontaire sans reproches graves contre l’employeur. Vous rompez votre contrat de votre propre initiative, sans ouvrir droit aux allocations chômage ni aux indemnités de licenciement.
En cas de harcèlement, vous pouvez envisager une prise d’acte de la rupture. Vous quittez immédiatement votre poste en imputant la responsabilité à l’employeur. Si le conseil de prud’hommes reconnaît que les manquements étaient suffisamment graves, votre départ sera requalifié en licenciement sans cause réelle et sérieuse. Vous obtenez alors des indemnités et vos droits au chômage.
La résiliation judiciaire consiste à demander au juge de rompre le contrat aux torts de l’employeur, sans quitter immédiatement votre poste. Cette option est plus sécurisée mais implique de rester dans l’entreprise pendant la procédure, ce qui peut être difficile en cas de harcèlement.
| Option | Départ immédiat | Droits au chômage | Risque juridique |
|---|---|---|---|
| Démission simple | Non (préavis) | Non | Faible |
| Prise d’acte | Oui | Si requalification | Moyen à élevé |
| Résiliation judiciaire | Non | Oui si acceptée | Faible |
Quels risques si votre lettre de démission pour harcèlement est mal rédigée ?
Une lettre mal formulée peut être interprétée comme une démission purement volontaire, sans lien avec le harcèlement invoqué. Vous pourriez alors perdre l’opportunité de faire reconnaître la faute de l’employeur et d’ouvrir droit à certaines indemnités.
Des accusations trop vagues ou excessives, non étayées, peuvent décrédibiliser votre démarche. Par exemple, parler de « persécution » ou « harcèlement généralisé » sans préciser des faits concrets affaiblit votre position. À l’inverse, des propos diffamatoires peuvent vous exposer à des poursuites de la part de votre employeur.
Une lettre qui ne mentionne pas du tout le harcèlement rend presque impossible la reconnaissance ultérieure de ce motif. Les juges considèrent que les motifs de rupture doivent être exprimés clairement dès la lettre initiale.
Structurer une lettre de démission pour harcèlement claire et protectrice

Votre lettre doit à la fois formaliser la rupture du contrat et signaler explicitement le harcèlement moral ou psychologique que vous subissez. Il ne s’agit pas de « vider votre sac », mais de poser des faits, des dates et un cadre juridique suffisant. L’objectif est que ce courrier puisse être compris, daté, et éventuellement utilisé comme élément de preuve.
Comment formuler l’objet et le paragraphe d’ouverture de votre courrier ?
Dès les premières lignes, indiquez qu’il s’agit d’une lettre de démission et précisez votre poste et la date envisagée de départ. L’objet doit rester sobre : « Lettre de démission » ou « Démission – Harcèlement moral » suffisent.
Dans votre paragraphe d’ouverture, mentionnez votre nom, prénom, poste occupé et date d’embauche. Indiquez ensuite que vous présentez votre démission et précisez que cette décision intervient dans un contexte de harcèlement moral et psychologique dont vous estimez être victime.
Par exemple : « Je vous informe par la présente de ma démission du poste de [votre fonction] que j’occupe depuis le [date]. Cette décision fait suite à une situation de harcèlement moral et psychologique que je subis au sein de l’entreprise. »
Mentionner le harcèlement sans vous mettre en difficulté : quels termes employer ?
Privilégiez une formulation neutre et factuelle. Utilisez des expressions comme « je considère être victime de harcèlement moral » ou « je constate des agissements répétés qui portent atteinte à ma dignité et ma santé ».
Évitez absolument les insultes, les jugements de valeur et les menaces directes, qui peuvent se retourner contre vous. Ne nommez pas forcément les personnes responsables dans la lettre de démission elle-même, sauf si vous avez déjà formalisé des plaintes internes.
Rappelez brièvement la nature des faits : mise à l’écart, remarques dégradantes, pressions répétées, modification unilatérale de vos missions. Une ou deux phrases suffisent pour qualifier la situation sans entrer dans un récit détaillé.
Exemple : « Ces agissements se manifestent par un isolement progressif, des critiques publiques répétées et une dégradation continue de mes conditions de travail depuis [date approximative]. »
Faut-il détailler les faits de harcèlement dans la lettre de démission elle-même ?
La lettre n’est pas le lieu pour raconter chaque épisode en détail, surtout si les faits sont nombreux. Il est souvent plus prudent de résumer la situation et de renvoyer, si nécessaire, à des courriers antérieurs ou des signalements internes.
Vous pouvez mentionner : « J’ai déjà porté ces faits à la connaissance de la direction des ressources humaines par courrier du [date] » ou « Ces événements sont corroborés par les certificats médicaux que je tiens à votre disposition ».
Gardez les détails précis, les dates exactes, les témoignages et les preuves matérielles pour constituer un dossier séparé. Ce dossier sera utile en cas de procédure prud’homale ou de contestation par l’employeur. La lettre de démission sert avant tout à officialiser votre départ et à poser le contexte juridique.
Modèle de lettre de démission pour harcèlement moral et psychologique à adapter
S’appuyer sur un modèle de lettre vous aide à ne rien oublier tout en restant dans un cadre juridique sécurisé. L’enjeu est de personnaliser ce modèle selon votre situation, vos dates et les démarches déjà engagées. Vous trouverez ici une trame type, puis des variantes selon que vous ayez déjà signalé ou non le harcèlement.
Exemple de lettre de démission pour harcèlement à copier et personnaliser
Vos coordonnées complètes
[Nom, Prénom]
[Adresse]
[Code postal, Ville]
Coordonnées de l’employeur
[Nom de l’entreprise]
[Service RH ou Direction]
[Adresse]
[Code postal, Ville]
[Ville], le [date]
Objet : Lettre de démission
Madame, Monsieur,
Par la présente, je vous informe de ma décision de démissionner du poste de [votre fonction] que j’occupe au sein de [nom de l’entreprise] depuis le [date d’embauche].
Cette démission intervient dans un contexte de harcèlement moral et psychologique dont je suis victime. J’ai constaté des agissements répétés qui ont progressivement dégradé mes conditions de travail et porté atteinte à ma santé : [mentionner brièvement : isolement, remarques humiliantes, surcharge de travail, etc.].
Conformément aux dispositions de ma convention collective, mon préavis est de [durée]. Sauf accord contraire de votre part, ma date de départ effectif sera donc le [date de fin de contrat].
Je reste à votre disposition pour assurer la transmission de mes dossiers en cours et faciliter la transition.
Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.
[Signature]
[Nom, Prénom]
Recommandation : envoyez cette lettre en recommandé avec accusé de réception et conservez une copie.
Adapter le modèle selon votre ancienneté, votre préavis et votre convention collective
Le contenu reste globalement identique, mais la formulation sur le préavis peut varier selon votre ancienneté ou les usages de votre secteur. Vérifiez votre convention collective pour connaître la durée du préavis applicable à votre situation.
Pour les cadres, le préavis est généralement de trois mois. Pour les employés et techniciens, il varie entre un et deux mois selon l’ancienneté. Certaines conventions prévoient des durées spécifiques en cas de maladie ou de situation particulière.
Si votre santé ne vous permet pas d’effectuer le préavis, vous pouvez demander une dispense en ajoutant : « Compte tenu de mon état de santé lié à cette situation, je sollicite une dispense totale ou partielle de préavis ». Joignez un certificat médical pour étayer cette demande.
Vous pouvez également ajouter une phrase indiquant que vous restez disponible pour organiser la transition de vos dossiers, ce qui montre votre bonne foi et votre professionnalisme malgré la situation.
Lettre de démission et prise d’acte pour harcèlement : quand en parler noir sur blanc ?
Si vous envisagez une prise d’acte de la rupture en raison du harcèlement, il est crucial de le formuler clairement dans la lettre. La prise d’acte n’est pas une simple démission : vous imputez directement la responsabilité de la rupture à votre employeur.
Dans ce cas, remplacez « je vous informe de ma démission » par : « Je prends acte de la rupture de mon contrat de travail aux torts exclusifs de l’employeur en raison de manquements graves à vos obligations. »
Précisez que ces manquements constituent un harcèlement moral rendant impossible la poursuite du contrat. Vous devez quitter immédiatement votre poste sans effectuer de préavis. Cette démarche est plus risquée car si le juge ne reconnaît pas les torts de l’employeur, votre prise d’acte sera requalifiée en démission simple.
Il est fortement conseillé d’avoir pris conseil auprès d’un avocat spécialisé en droit du travail ou d’un délégué syndical avant d’opter pour cette solution. La prise d’acte nécessite des preuves solides et une situation véritablement intenable.
Protéger vos preuves et vos recours après l’envoi de la lettre

La lettre de démission n’est qu’une étape dans la protection de vos droits face au harcèlement moral ou psychologique. La manière dont vous conservez vos preuves, consultez un médecin et, éventuellement, saisissez les prud’hommes est déterminante. Ce dernier volet vous aide à anticiper la suite pour ne pas rester seul face à l’employeur.
Quelles preuves rassembler avant et après votre démission pour harcèlement ?
Conservez tous les courriels, SMS, messages professionnels et comptes-rendus d’entretiens illustrant le harcèlement subi. Faites des captures d’écran datées et sauvegardez ces éléments sur un support personnel avant votre départ de l’entreprise.
Notez dans un carnet daté les faits marquants : date, heure, lieu, personnes présentes, nature des propos ou comportements. Cette chronologie détaillée sera précieuse devant le conseil de prud’hommes pour démontrer le caractère répétitif des agissements.
Sollicitez des attestations de collègues témoins des faits. Ces témoignages doivent être écrits à la main, datés, signés et comporter la mention « fait pour valoir ce que de droit ». Même si certains collègues hésitent par crainte de représailles, quelques attestations solides peuvent faire la différence.
Conservez également vos bulletins de paie, contrats, avenants, évaluations annuelles et toute correspondance avec la direction ou les ressources humaines. Les arrêts maladie répétés peuvent aussi constituer un indice de la dégradation de votre état de santé.
Pourquoi consulter un médecin ou un psy peut sécuriser aussi votre démarche juridique ?
Un certificat médical mentionnant un état d’anxiété, de dépression ou d’épuisement lié au travail peut être une pièce importante pour démontrer l’impact du harcèlement. Il permet de relier les faits que vous invoquez à des conséquences concrètes sur votre santé, ce que les juges regardent attentivement.
Consultez votre médecin traitant ou un psychiatre dès que possible. Expliquez-lui votre situation professionnelle et demandez-lui de mentionner dans le certificat le lien avec vos conditions de travail. Certains médecins utilisent la formulation « en lien avec une souffrance au travail » ou « contexte professionnel difficile ».
Si vous avez bénéficié d’arrêts maladie répétés, cela peut également constituer un faisceau d’indices. La médecine du travail peut aussi jouer un rôle : si vous avez signalé votre situation au médecin du travail, demandez une copie de votre dossier médical en santé au travail.
Par ailleurs, être suivi par un professionnel vous aide à traverser cette période souvent éprouvante. Le harcèlement laisse des traces psychologiques importantes et un accompagnement thérapeutique facilite votre reconstruction.
Comment se préparer à un éventuel recours prud’homal après votre lettre de démission ?
Si vous envisagez une action devant le conseil de prud’hommes, commencez à organiser vos documents dès avant votre départ. Classez vos preuves par ordre chronologique, vos échanges écrits, vos arrêts maladie et une copie de votre lettre de démission pour harcèlement moral et psychologique.
Vous disposez d’un délai de douze mois après la rupture de votre contrat pour saisir le conseil de prud’hommes. Ce délai peut sembler long mais il est préférable de constituer un dossier solide dès le départ.
N’hésitez pas à solliciter un avocat spécialisé en droit du travail. Certains proposent une première consultation gratuite ou à tarif réduit. Vous pouvez aussi vous rapprocher d’un défenseur syndical si vous êtes adhérent à un syndicat, ou d’une association spécialisée dans la défense des salariés.
La procédure prud’homale est gratuite et ne nécessite pas obligatoirement d’avocat, mais l’accompagnement d’un professionnel augmente significativement vos chances de succès. Il pourra évaluer la solidité de votre dossier, vous conseiller sur la stratégie à adopter et vous représenter devant le juge.
Enfin, renseignez-vous sur vos droits au chômage. Si votre démission est requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse après une prise d’acte reconnue, vous pourrez prétendre aux allocations. Dans le cas d’une démission simple pour harcèlement, vous pouvez saisir France Travail (anciennement Pôle emploi) pour demander un réexamen de votre situation, notamment si vous disposez de preuves médicales solides.
Une lettre de démission pour harcèlement moral et psychologique bien rédigée protège vos intérêts tout en officialisant votre départ. En mentionnant clairement le contexte, en conservant vos preuves et en vous faisant accompagner, vous maximisez vos chances de faire reconnaître la réalité du harcèlement et d’obtenir réparation. N’oubliez pas que vous n’êtes pas seul : des professionnels du droit et de la santé peuvent vous épauler dans cette épreuve difficile.
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