Ordre des licenciements économiques : comment définir et pondérer les critères de sélection ?
Lors d’une suppression de poste ou d’une réorganisation visant à sauvegarder la compétitivité, l’employeur ne choisit pas librement les salariés concernés. Le Code du travail impose une méthodologie rigoureuse : l’ordre des licenciements. Cette étape repose sur l’application de critères objectifs, souvent synthétisés dans un tableau de notation, pour garantir l’équité et prévenir tout risque de discrimination.
Les 4 critères légaux pour établir l’ordre des licenciements
Lorsqu’un licenciement économique touche une partie du personnel au sein d’une même catégorie professionnelle, l’employeur doit classer les salariés selon des critères précis. En l’absence d’accord collectif de branche ou d’entreprise, l’employeur fixe ces critères après consultation du Comité Social et Économique (CSE).
L’article L. 1233-5 du Code du travail impose quatre critères minimaux à intégrer dans le calcul global :
- Charges de famille : ce critère prend en compte la situation familiale, notamment les parents isolés, le nombre d’enfants à charge ou la situation du conjoint sans emploi.
- Ancienneté dans l’entreprise : ce point valorise la durée de présence du salarié au sein de la structure.
- Difficultés de réinsertion : ce critère protège les salariés dont la situation sociale rend le retour à l’emploi complexe, comme les travailleurs seniors ou les personnes en situation de handicap.
- Qualités professionnelles : ce critère doit s’appuyer sur des éléments objectifs et vérifiables, tels que les évaluations annuelles, les diplômes ou des compétences techniques spécifiques.
L’employeur peut ajouter d’autres critères, à condition qu’ils ne soient pas discriminatoires. Cette grille de notation constitue la base du processus, permettant d’évaluer chaque collaborateur selon des règles identiques à celles de ses pairs.
Le tableau de pondération : un outil d’aide à la décision
La création d’un tableau de critères assure la transparence du processus. Ce document attribue des points à chaque salarié selon sa situation. Le salarié totalisant le moins de points est celui dont le licenciement est envisagé en priorité.

Exemple de barème de points
Voici un modèle de système de points pour une entreprise sans accord collectif spécifique. L’employeur conserve la liberté de pondérer chaque catégorie selon les priorités de l’entreprise tout en respectant l’équilibre général.
| Critère | Méthode de calcul | Points attribués |
|---|---|---|
| Ancienneté | Par année complète de présence | 2 points / an |
| Charges de famille | Par enfant à charge | 5 points / enfant |
| Situation sociale | Reconnaissance travailleur handicapé (RQTH) | 20 points |
| Âge | Salarié de plus de 50 ans | 10 points |
| Qualités professionnelles | Note moyenne des 3 derniers entretiens (sur 20) | Coefficient 1 |
La notion de catégorie professionnelle
L’ordre des licenciements s’apprécie par catégorie professionnelle et non à l’échelle de l’entreprise entière. Une catégorie regroupe les salariés exerçant des fonctions de même nature, exigeant une formation commune. Par exemple, les comptables forment une catégorie distincte des agents de maintenance. Il est impossible de comparer les points d’un cadre marketing avec ceux d’un technicien.
Le rôle du CSE et le périmètre d’application
La direction ne définit pas seule ces critères. Le dialogue social sert de garde-fou pour éviter les pondérations déséquilibrées.
Consultation des représentants du personnel
L’employeur doit consulter le CSE sur les critères retenus et leur pondération. Bien que l’avis soit consultatif, son absence vicie la procédure. Les élus peuvent suggérer des ajustements, comme renforcer la protection des salariés proches de la retraite. Une fois les critères fixés, l’employeur informe la DREETS lors de la notification du projet de licenciement.
Périmètre géographique
Sauf accord contraire, le périmètre d’application est celui de l’entreprise, incluant l’ensemble de ses établissements en France. Un accord collectif peut toutefois restreindre ce périmètre à une zone géographique spécifique, comme un bassin d’emploi, ce qui modifie directement les résultats du tableau de score pour les salariés concernés.
Risques et contestations en cas d’erreur
Le non-respect des critères d’ordre n’entraîne pas l’annulation du licenciement, mais ouvre droit à des dommages et intérêts pour le salarié lésé. Le préjudice est évalué selon la perte de chance de conserver son emploi.
Objectivité des qualités professionnelles
Les litiges portent souvent sur le critère des « qualités professionnelles ». Pour être valable, ce critère doit s’appuyer sur des faits tangibles. Une mention « insuffisant » sans preuve, comme des comptes-rendus d’entretiens annuels ou des avertissements, sera rejetée par le Conseil de Prud’hommes. L’utilisation de sanctions disciplinaires est possible, sous réserve qu’elles ne soient pas prescrites depuis plus de 3 ans.
Droit d’accès aux critères
Tout salarié licencié pour motif économique peut demander à connaître les critères ayant conduit à son éviction. Cette demande doit être adressée par lettre recommandée avec accusé de réception dans les 10 jours suivant son départ. L’employeur dispose alors de 10 jours pour détailler les points obtenus par le salarié. Cette transparence protège l’entreprise contre les soupçons de favoritisme ou de discrimination.
Le tableau de critères pour un licenciement économique est un instrument de mesure sociale exigeant une rigueur mathématique et une neutralité totale. Pour l’entreprise, il représente un bouclier juridique ; pour le salarié, il garantit que sa situation personnelle a été prise en compte avant toute décision.
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