Congés trimestriels CC66 : 6 ou 9 jours par an ? Calcul et droits réels
La convention collective nationale de travail des établissements et services pour personnes inadaptées et handicapées du 15 mars 1966, plus connue sous le nom de Convention 66 (CC66), prévoit des avantages spécifiques en matière de repos. Parmi eux, les congés trimestriels sont un droit propre au secteur médico-social. Ces jours de repos supplémentaires, qui s’ajoutent aux congés payés légaux, compensent la pénibilité et l’engagement des professionnels auprès de publics vulnérables. Leur calcul et leurs modalités d’attribution restent toutefois une source fréquente d’interrogations pour les salariés comme pour les gestionnaires RH.
Qu’est-ce que les congés trimestriels dans la CC66 ?
Contrairement au Code du travail qui ne prévoit que les congés payés annuels, la convention 66 instaure des périodes de repos supplémentaires réparties sur l’année. Ces congés, souvent appelés « CT », ne sont pas des jours de récupération (RTT) liés à une modulation du temps de travail, mais un droit conventionnel rattaché à la nature de l’activité ou au statut du salarié.
Un droit cumulable avec les congés payés
Ces congés trimestriels sont indépendants des 30 jours ouvrables de congés payés annuels. Ils viennent en complément. Ils sont rémunérés comme du temps de travail effectif, ce qui signifie que le salarié perçoit son salaire habituel durant ces périodes de repos.
La logique de répartition par trimestre
Ces congés sont attribués par trimestre civil. L’année est découpée en quatre périodes (janvier-mars, avril-juin, juillet-septembre, octobre-décembre). Selon la catégorie de personnel, le nombre de jours varie, mais la logique reste la même : offrir une respiration régulière au cours de l’année pour prévenir l’épuisement professionnel.
Qui peut bénéficier des congés trimestriels et pour quelle durée ?
La durée et l’attribution dépendent de l’annexe à laquelle est rattaché le contrat de travail. On distingue deux grandes catégories de bénéficiaires.

Le personnel éducatif et pédagogique (Annexe 3)
Pour les professionnels de l’annexe 3 (éducateurs spécialisés, moniteurs-éducateurs, chefs de service), la convention prévoit 6 jours consécutifs de congés trimestriels par trimestre, à l’exception du trimestre où est pris le congé annuel principal. Sur une année complète, cela représente 18 jours de repos supplémentaires.
Le personnel non éducatif et les cadres
Pour les autres catégories de personnel, notamment les services administratifs, généraux ou certains cadres non visés par l’annexe 3, le droit est fixé à 3 jours par trimestre. Ces 3 jours sont octroyés à chaque trimestre civil, soit un total de 12 jours par an, sous réserve des accords d’entreprise ou des spécificités de l’établissement.
| Catégorie de personnel | Nombre de jours par trimestre | Total annuel potentiel |
|---|---|---|
| Personnel éducatif (Annexe 3) | 6 jours (hors trimestre du congé annuel) | 18 jours |
| Personnel administratif et services généraux | 3 jours | 12 jours |
| Cadres (selon profil) | 3 à 6 jours | 12 à 18 jours |
Modalités de prise et de calcul des congés
L’organisation des congés trimestriels répond à des règles strictes pour garantir la continuité du service auprès des usagers tout en respectant le repos du salarié.
La règle de la présence effective
Pour ouvrir droit aux congés trimestriels, le salarié doit être présent durant le trimestre concerné. Les périodes d’absence pour maladie non professionnelle peuvent impacter le calcul, car ces congés sont liés à la notion de travail effectif. Toutefois, certaines absences comme les accidents du travail, les maladies professionnelles ou la formation sont assimilées à du temps de travail et ne réduisent pas le droit aux CT.
L’organisation par l’employeur
L’employeur fixe les dates des congés trimestriels après consultation des représentants du personnel. L’objectif est d’éviter que tous les salariés d’un même service ne s’absentent simultanément. Il est d’usage que les salariés fassent leurs vœux, mais la nécessité de service prime. Ces jours ne peuvent pas être reportés d’un trimestre sur l’autre : s’ils ne sont pas pris dans le trimestre imparti, ils sont en principe perdus, sauf accord contraire ou faute de l’employeur.
Ces congés agissent comme un prisme par lequel la pénibilité du secteur social est reconnue. En décomposant le temps de repos non plus comme un bloc annuel unique, mais comme une ressource fragmentée, la convention 66 admet que la charge émotionnelle de l’accompagnement humain nécessite des sas de décompression fréquents. Cette approche transforme la gestion du temps de travail en un outil de préservation de la santé mentale.
Cas particuliers et questions fréquentes
La mise en œuvre des congés trimestriels peut se complexifier selon la situation contractuelle du salarié ou les événements de la vie de l’entreprise.
Temps partiel et CDD
Les salariés à temps partiel bénéficient des congés trimestriels au même titre que les salariés à temps plein. Le nombre de jours n’est pas proratisé : un éducateur à mi-temps a droit aux mêmes 6 jours de CT qu’un collègue à temps complet. L’indemnité de congé est calculée sur la base de son salaire contractuel. Pour les CDD, le droit est ouvert dès lors que le salarié est présent durant le trimestre de référence.
Incidence sur l’indemnité de congés payés
Les périodes de congés trimestriels sont considérées comme du temps de travail effectif pour le calcul de l’ancienneté et pour la détermination de la durée des congés payés annuels. Prendre ses CT ne réduit pas vos droits à la retraite ou vos futurs congés payés. C’est un mécanisme protecteur qui renforce l’attractivité des métiers du soin et de l’accompagnement.
Peut-on les accoler à d’autres congés ?
La convention n’interdit pas d’accoler des congés trimestriels à des congés payés ou à des jours de repos hebdomadaires. Cependant, cela dépend de l’accord de la direction. Dans les faits, les établissements préfèrent souvent que ces jours soient pris de manière isolée ou par petits blocs pour assurer une présence éducative stable tout au long de l’année.
Pourquoi la CC66 protège-t-elle ces jours ?
La pérennité des congés trimestriels est régulièrement débattue lors des renégociations conventionnelles. Pour les organisations syndicales, ces jours sont non négociables car ils compensent des salaires souvent jugés modestes au regard des responsabilités exercées. Pour les employeurs, ils représentent un coût et une complexité organisationnelle, mais aussi un levier de fidélisation dans un secteur en tension de recrutement.
Maîtriser le fonctionnement des congés trimestriels sous la convention 66 est indispensable pour tout salarié du secteur médico-social. Que vous soyez en annexe 3 avec 6 jours ou sous le régime général avec 3 jours, ces moments de repos sont essentiels pour maintenir un accompagnement de qualité auprès des publics. Vérifiez votre bulletin de paie et votre planning pour vous assurer que ces droits sont respectés, car ils constituent une spécificité précieuse de votre statut conventionnel.