Congés payés et arrêt maladie : comment réclamer vos droits rétroactifs depuis 2009 ?
La question de l’acquisition des congés payés durant un arrêt maladie a longtemps opposé le droit français aux directives européennes. Depuis la loi du 22 avril 2024, cette incertitude est levée : les salariés ne perdent plus systématiquement leurs droits lorsqu’ils sont absents pour raisons de santé. Un mécanisme de rétroactivité permet désormais de régulariser des situations passées, offrant la possibilité de récupérer des jours de repos oubliés. Comprendre ces nouvelles règles est indispensable pour faire valoir vos droits ou assurer la conformité de votre entreprise.
Le nouveau cadre légal : acquisition des congés en maladie
Le Code du travail français a été réformé pour s’aligner sur la jurisprudence de la Cour de cassation et les exigences de l’Union européenne. Désormais, chaque période d’arrêt maladie est assimilée à du temps de travail effectif pour le calcul des congés payés, selon des barèmes précis.
Pour un arrêt maladie non professionnel, vous acquérez 2 jours ouvrables par mois, dans la limite de 24 jours ouvrables par période de référence. Ce seuil constitue le minimum garanti par le droit européen. Si l’arrêt résulte d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle (AT/MP), le calcul est plus avantageux : vous cumulez 2,5 jours ouvrables par mois, soit 30 jours par an, sans limite de durée pour l’acquisition.
Cette distinction est capitale. Même en cas d’absence prolongée pour une pathologie courante, vous bénéficiez de quatre semaines de congés à votre retour, évitant ainsi la double peine de la maladie et de la perte de repos.
Rétroactivité : un droit ouvert jusqu’en 2009
La réforme de 2024 autorise la régularisation des droits pour des périodes antérieures à sa promulgation. Le législateur a fixé un cadre strict pour ces réclamations.

La période couverte
Pour les salariés dont le contrat est toujours en cours, la rétroactivité remonte au 1er décembre 2009, date d’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. Vous pouvez demander la régularisation de vos droits pour tous les arrêts maladie survenus depuis cette date, dans la limite du plafond de 24 jours par an pour les maladies non professionnelles.
Le cas des contrats rompus
Si vous avez quitté votre entreprise avant l’entrée en vigueur de la loi, vous pouvez prétendre à une indemnité compensatrice de congés payés pour vos arrêts passés. La règle de prescription triennale s’applique : vous disposez d’un délai de 3 ans après la rupture de votre contrat pour engager une action. Passé ce délai, votre droit à réclamation est éteint.
Ce retour en arrière législatif impose aux entreprises de consulter leurs archives pour vérifier les soldes de repos non attribués. Il s’agit d’une restauration d’un patrimoine social qui avait été mis de côté par une lecture restrictive du droit national.
Comment réclamer vos congés payés rétroactifs ?
La récupération de ces jours nécessite une démarche active. La loi a instauré un délai de forclusion pour sécuriser les entreprises.
Si vous êtes en poste, vous avez jusqu’au 23 avril 2026 pour introduire votre demande auprès de votre employeur. Il est recommandé d’envoyer un courrier recommandé avec accusé de réception listant les périodes d’arrêt maladie concernées et le nombre de jours réclamés. Pour les arrêts futurs, l’employeur a l’obligation de vous informer, dans les 10 jours suivant votre retour, de votre solde de congés et du délai dont vous disposez pour les prendre.
En cas de refus de votre employeur, vous pouvez saisir le Conseil de prud’hommes. Préparez un dossier complet incluant vos anciens bulletins de paie et les justificatifs d’arrêts de travail.
Obligations pour les employeurs : mise en conformité
Pour les directions des ressources humaines, cette réforme représente un défi organisationnel. La gestion des reliquats et le provisionnement des indemnités exigent une rigueur accrue.
| Type d’arrêt | Acquisition mensuelle | Plafond annuel | Rétroactivité |
|---|---|---|---|
| Maladie non professionnelle | 2 jours ouvrables | 24 jours | Depuis 2009 |
| Accident du travail / Maladie Pro | 2,5 jours ouvrables | 30 jours | Sans limite |
| Accident de trajet | 2 jours ouvrables | 24 jours | Depuis 2009 |
Les entreprises doivent mettre à jour leurs logiciels de paie et gérer la période de report de 15 mois. Si un salarié revient d’un long arrêt, l’employeur doit lui garantir cette fenêtre pour solder ses congés. Une communication transparente sur ces droits permet d’éviter des tensions sociales ou des contentieux prud’homaux coûteux.
Points de vigilance et complexités techniques
Certaines situations restent complexes. Si votre convention collective prévoit déjà des dispositions plus favorables que la loi, vous ne pouvez pas cumuler les deux avantages : la loi de 2024 sert de filet de sécurité minimal.
Le calcul de l’indemnité de congés payés, basé sur le maintien de salaire ou le 1/10ème, doit s’appliquer aux jours réellement acquis. Pour les périodes anciennes, le calcul peut être délicat si vos salaires ont évolué significativement depuis 2009. Dans ce cas, l’assistance d’un expert-comptable ou d’un juriste en droit social est conseillée pour établir des décomptes exacts.
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